Biologie synthétique : réflexions éthiques

Synthèse du rapport faite par la CENH

Dans le présent rapport, la CENH examine sous l’angle éthique les objectifs et méthodes de la biologie synthétique, en particulier son projet de fabrication contrôlée de nouveaux êtres vivants, à partir de ce que l’on appelle les biobriques.
La première partie se concentre sur la nature des produits de la biologie synthétique, avant de se demander s’il existe une obligation éthique à l’égard de ces produits, qui s’opposerait à l’application de cette science, et, dans l’affirmative, de s’interroger sur sa portée. La deuxième partie est consacrée aux questions relatives à l’éthique de la responsabilité.

Le rapport explique que pour savoir s’il est possible de fabriquer des êtres vivants de manière contrôlée, et dans quelle mesure, il faut connaître la conception de la vie sur laquelle repose l’évaluation. Diverses doctrines ontologiques sont ensuite présentées.
Au sein de la CENH, la majorité des membres adopte une position moniste, selon laquelle ce que l’on désigne par vie se réfère à des propriétés purement physico-chimiques des êtres vivants. Les autres doctrines – vitalisme et dualisme, mais également scepticisme – sont défendues par des minorités.
Néanmoins, quelle que soit leur position ontologique, tous les membres admettent que le projet de la biologie synthétique peut aboutir et réussir à produire des êtres vivants par les méthodes qu’elle envisage.

Même si certaines visions à long terme de la biologie synthétique postulent la fabrication d’êtres vivants de tous types, la recherche se focalise actuellement sur les microorganismes. C’est eux que les scientifiques utilisent ou qu’ils entendent fabriquer. Dans le cadre donné par l’art. 120 de la Constitution fédérale, qui impose de respecter la dignité ou l’intégrité de la créature lors de l’utilisation des animaux, des végétaux et des autres organismes, il faut clarifier la question de la valeur morale des microorganismes. Selon la CENH, le mode de création des êtres vivants, qu’il soit naturel ou artificiel, n’a aucune incidence sur leur statut moral. C’est la position éthique défendue qui va décider de l’attribution ou non de ce qu’on appelle « valeur morale » ou « dignité » aux microorganismes, et qui les fera compter moralement pour eux-mêmes. La majorité des membres de la commission défend une position biocentriste : les microorganismes possèdent une valeur morale parce qu’ils sont vivants. Un premier groupe minoritaire défend une approche pathocentriste : étant donné qu’il n’existe pas d’indice suggérant que les microorganismes peuvent, de quelque façon que ce soit, percevoir un dommage comme tel, ceux-ci n’appartiennent pas au cercle des êtres auxquels il faut accorder une considération morale. La deuxième position minoritaire défend un point de vue anthropo-relationnel : c’est la relation à l’être humain qui confère aux microorganismes une valeur morale.
Cependant, même les membres qui reconnaissent cette valeur aux microorganismes, admettent que leur poids est négligeable dans une pesée des intérêts, étant donné leur position
hiérarchique dans le monde vivant. En conséquence, pour tous les membres de la commission, aucune objection éthique ne s’oppose, dans la pratique, à un projet faisant usage de microorganismes.

Les diverses positions ontologiques représentées au sein de la CENH s’expriment aussi par des différences dans le langage utilisé pour parler de la contrôlabilité du processus et des produits de la biologie synthétique. Celles-ci affectent à leur tour le débat sur l’éthique de la responsabilité. Le débat public sur la biologie synthétique met en avant les arguments de la « pente savonneuse ». Les membres admettent tous que ces arguments sont utiles pour la détection précoce et le suivi des conséquences possibles.
Néanmoins, ils ne considèrent pas que les réserves exprimées jusqu’ici justifient d’opposer un quelconque veto aux projets de biologie synthétique.

Cependant, à l’instar de toutes les technologies et de leurs applications, il convient de mesurer et d’évaluer la biologie synthétique à l’aune de la justice. En outre, il faut l’examiner sous l’angle de l’éthique des risques. La CENH constate que la biologie synthétique représente un vaste champ de recherches et d’applications. Jusqu’à présent, malgré son évolution extrêmement rapide, elle n’a produit que fort peu de résultats concrets : ce sont les visions, les incertitudes et les inconnues qui dominent. Bref, nous nous trouvons face à une situation typique de risque. Selon la CENH, bien qu’il existe des scénarios de risques plausibles, nous disposons de trop peu de données expérimentales pour être à même de procéder à leur évaluation. C’est la raison pour laquelle, dans le présent rapport, la commission se borne principalement à rappeler les procédures exigées par l’éthique (et déjà inscrites dans la loi pour d’autres domaines technologiques). Le principe de précaution s’applique et, conformément à l’approche par étapes, exige de s’entourer de mesures de sécurité particulières, adaptées à l’organisme avec lequel on travaille. Faute de données, la commission ne peut se prononcer pour l’instant sur l’adéquation des dispositions légales existantes relatives à l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés pour réglementer l’utilisation d’organismes synthétiques.
 
  • Dates
    Paru le 1 mai 2010
  • Auteur(s)
    Commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH), Confédéartion suisse
  • Éditeur
    Commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH), Confédération suisse